De plus en plus nombreux, les cadres sont aux prises avec de multiples problèmes : d'emploi, de salaire, d'intensité de travail qui va sans cesse crescendo, de pressions et donc de stress qui suivent le même mouvement… Dans un monde du travail en complète mutation, notamment par l'arrivée, tel un tsunami, de l'intelligence artificielle dans les entreprises et les administrations, les cadres ont particulièrement besoin de trouver dans le collectif syndical, à la fois un soutien, une expertise solide et des outils adaptés leur permettant de défendre leurs droits. FO, totalement investie dans ce travail, œuvre à développer sa présence chez les cadres. Retour sur le congrès de l'Union FO des cadres et ingénieurs qui, fin 2025, a notamment dressé un état des lieux de la situation de cette population salariée spécifique mais aussi des actions déployées par FO-Cadres.
Renforcer encore le collectif, se développer, développer le réseau de l'Union et la développer sur les réseaux sociaux, apporter plus encore un appui aux militants pour déconstruire le discours managérial
ambiant, les accompagner plus encore dans les entreprises, poursuivre le travail de soutien aux militants en matière juridique, poursuivre le travail d'expertise sur l'intelligence artificielle, se préoccuper toujours plus des conséquences sociales de la transition écologique… Voilà quelques-uns des objectifs, nouveaux ou à poursuivre, de l'union FO-Cadres. Rattachée au secrétariat général de FO, basée dans les locaux confédéraux à Paris, l'Union des cadres et ingénieurs, qui a vu en quelques années une forte progression du nombre de ses adhérents, tient à son ancrage dans la réalité
, rappelait Éric Peres, le secrétaire général de FO-Cadres, lors du XVe congrès de l'Union, se tenant à Arras (Pas-de-Calais) les 4 et 5 décembre derniers. Le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot, participait à ce congrès qui a par ailleurs profité de l'expertise en matière d'intelligence artificielle de Jean-Marc Ogier, directeur général de l'école d'ingénieurs CESI. Éric Peres a été reconduit à l'unanimité dans son mandat. Les rapports d'activité et de trésorerie seront adoptés, à l'unanimité aussi. La réalité vécue par les cadres (6,4 millions en 2023 contre 3,6 millions en 2003) serait d'ailleurs bien difficile à oublier signifiait-il, face à un contexte
fait d'inquiétudes
et de mal-être
au travail. Qui n'a pas entendu un collègue dire
En octobre, l'Apec indiquait combien les cadres sont amenés à Je n'en peux plus
?surinvestir dans le travail
, et beaucoup tombent malades. On enregistre plus 20% de dépressions nerveuses en quelques années. Désormais, sept cadres sur dix disent qu'ils n'ont plus ni autonomie, ni marge de gestion
, notait Éric Peres, glissant aussi que 70% des cadres passent un jour par semaine à faire du reporting
. Dans l'encadrement, le moral est par ailleurs atteint par une situation de l'emploi à la peine depuis 2023, et parfois un déclassement des emplois. Il y a deux chances sur dix de retrouver un emploi de cadres après cinquante ans
, pointait Éric Peres. FO-Cadres travaille avec l'Apec aux efforts de mise en place de moyens pour le soutien à l'emploi des seniors et des jeunes diplômés (40 000 ont été accompagnés en 2022 par l'Apec). FO-Cadres a par ailleurs publié trois guides d'information (logement, entrée dans la vie professionnelle, parentalité), sans compter un guide juridique.
Dans le privé ou dans le public, on vit la même chose!
C'est d'autant plus important que la part des cadres est passée, selon l'Insee, de 8% à 22% entre 1982 et 2022, tandis que celle des ouvriers a reculé, de 30% à 19%, indiquait Mickaël Bret (Orano, Fédéchimie FO). Les pressions, la surcharge informationnelle… on connaît ça aussi
, soulignait Agnès Andersen (iD-FO), pestant contre les directives contradictoires, le management paradoxal… Que l'on soit dans le privé ou dans le public, on vit la même chose!
. Listant dans son secteur de l'Éducation nationale les syndicats FO comptant des cadres (iD-FO, Spaseen, syndicat des corps d'inspection), la militante relevait la pertinence du lien créé avec FO-Cadres. La syndicalisation des cadres, c'est stratégique
, insistait de son côté Olivier Brunelle (FO-DGFIP), rappelant les 30 000 postes supprimés en dix-sept ans, soit un quart des effectifs
des finances publiques. Avec des conséquences lourdes. Le
Être cadre aujourd'hui, faire plus avec moins
a ses limites! Et en particulier pour les cadres, qui sont entre le marteau et l'enclume.c'est souvent juste sur le papier. Et côté salaire… la progression n'est plus au rendez-vous
, pointait Paul Briey (FEC-FO), se félicitant de la relance de FO-Jeunes et rappelant que 54 000 cadres ont moins de trente ans. De son côté, Luc Weinstein (SNITPECT-FO) fustigeait la Smicardisation des ingénieurs dans son secteur avec une perte de 30% de pouvoir d'achat
. Il faut aussi stopper le culte de l'efficience
, l'idée de gérer le public comme le privé
, et avec les réformes incessantes
qui en découlent (le syndicat FO demande l'arrêt sur une durée de six ans au moins des réorganisations de services).
Faire du troisième collège une force syndicale majeure
Il y a «un malaise profond chez les cadres depuis trente ans, du fait notamment des logiques budgétaires de rentabilité. Il faut redonner du sens au management», martelait Michel Poulet (FNAS-FO), rappelant que l'économie sociale et solidaire, par exemple, compte 315 000 cadres, lesquels constituent un maillon essentiel
dans ce secteur. Pour Alain Wanègue (de la commission Cadres au sein de la FGTA) aussi, le rôle des cadres doit être renforcé
au sein de FO et avec plusieurs axes de développement : la formation (syndicale) continue, un accompagnement personnalisé ― par des dispositifs de mentorat pour les nouveaux cadres et militants syndicaux ―, mais aussi en valorisant mieux leur rôle
. Le développement de la place des cadres au sein de FO est une évidence, relayait Sandrine Tellier (FO-Énergie). Ce sont 19% de nos adhérents à la fédé, or on compte 35% de cadres dans les IEG (industries électriques et gazières), voire 60% dans certains secteurs.
Évidence qu'appuyait aussi Carole Prioult (FEC-FO, section commerce). Nous représentons un collectif où salariés et cadres avancent de plus en plus ensemble. Car ils encaissent ensemble.
Les cadres servent de pare-chocs pour les salariés. Ils sont les derniers remparts à la défense des équipes
, insistait la militante, dénonçant une dépréciation salariale chez les cadres. Ceux qui débutent sont à peine au niveau des minima conventionnels.
Oui, il est temps d'agir
, pour les cadres, et c'est exactement ce que nous faisons à la fédération avec notre plan de développement AGIR
, appuyait Olivier Lefebvre (FO Métaux), saluant les outils déployés par FO-Cadres, qui apportent un soutien concret pour les cadres déjà présents dans nos structures : chez Valeo, Airbus, Schneider, Framatome, Stellantis… Ces outils sont aussi des leviers essentiels pour convaincre les cadres de rejoindre FO
, et pour penser la présence de FO dans des entreprises. Les opportunités sont immenses
, et plus largement, lançait le militant, il faut faire du troisième collège une force syndicale majeure
.
Emploi : embellie annoncée mais prudence de mise
L 'embellie sur les embauches de cadres est-elle pour cette année? Sondant le premier trimestre 2026, l'Apec va dans ce sens. Le climat des affaires est meilleur, les investissements réalisés par les entreprises semblent se confirmer à la hausse (depuis la fin 2025)... Les recrutements devraient donc augmenter. Cinquante et un pour cent des grandes entreprises disent d'ailleurs leur intention de recruter des cadres en 2026, contre 48% il y a un an. Mais face à un marché de l'emploi cadre qui n'a pas encore vraiment décollé, la prudence reste de mise. Le moral des cadres (…) n'a montré aucun signe d'amélioration en 2025. (...) Tout au long de l'année, les indicateurs de confiance se sont maintenus à des niveaux historiquement bas, comparables à ceux (…) en plein cœur de la crise sanitaire
, souligne l'Apec, notant qu'en décembre 2025 seuls 22% des cadres se disent optimistes quant à la situation économique de la France
. Ils ont des raisons.
Les jeunes diplômés accèdent moins vite à un emploi
La contraction du marché de l'emploi» depuis 2024 a eu ses effets. «Au quatrième trimestre 2025, 8% des entreprises ont embauché au moins un cadre, soit 2 points de moins qu'au quatrième trimestre 2024
, indique le baromètre Apec. Cette proportion n'a jamais été aussi basse depuis le début de la mesure en décembre 2020.
Dans les TPE, les recrutements ont reculé de 5 points. Et seules 54% (+ 2%) des grandes entreprises ont recruté au moins un cadre sur la période.
De fait, fin 2025, 68% de cadres avaient confiance dans la situation économique de leur entreprise. Ils étaient 75% en mars 2023. En décembre dernier, 71% avaient confiance dans la sécurité de leur emploi, ils étaient 76% un an plus tôt. Et d'autres indicateurs traduisent encore les craintes et les difficultés patentes. Le taux d'emploi des nouveaux diplômés est en baisse depuis 2023 (de deux points chaque année). En juin 2025 (…), 70% de la promotion 2024 occupe un emploi salarié en France
, note l'Apec. Par ailleurs, si des signes d'amélioration apparaissent, la mobilité est source de craintes. Seuls 42%, soit trois points de moins qu'en décembre 2024, estimaient fin 2025 qu'il leur serait facile de trouver un emploi équivalent au leur en cas de changement d'entreprise ou de perte de leur emploi
.
Les femmes cadres toujours aux prises avec les inégalités salariales
Comme dans l'ensemble du monde salarié, les inégalités de rémunération entre hommes et femmes perdurent chez les cadres. Les hommes perçoivent ainsi une rémunération supérieure de 16% en moyenne à celle des femmes. Cet écart ne se réduit pas depuis plusieurs années
, notait l'Apec en février. Quand, en 2025, la rémunération médiane annuelle brute des hommes se situait à 58 000 euros, celle des femmes était de 50 000 euros. Entre autres raisons notables : les femmes sont moins représentées dans les secteurs les plus rémunérateurs (production industrielle, finance, commerce…) et elles accèdent moins aux postes à fortes responsabilités. On compte ainsi 17% de femmes seulement dirigeant des entreprises, grandes ou de taille intermédiaire. Par ailleurs, 28% des cadres managers de plus de dix personnes sont des femmes, tandis que 39% des managers d'une équipe de moins de dix personnes sont des femmes. À profil équivalent (en neutralisant les effets du métier, du secteur, de l'âge, de la taille d'entreprise...), un écart salarial de 6,8% subsiste
au détriment des femmes, constate encore l'Apec. Il apparaît dès le début de carrière et tend progressivement à augmenter pour atteindre 12% après 55 ans
.
Le règne de l'opacité
Comment s'étonner dès lors du sentiment d'injustice
exprimé par les femmes cadres : 40% estiment avoir moins de chances de réussite que leurs collègues masculins
, la moitié des femmes jugent leur rémunération insuffisante au regard de leur contribution
, et 44% considèrent devoir fournir plus d'efforts pour obtenir une augmentation
, résume l'étude. Alors que la transposition en droit français de la directive européenne sur la transparence salariale est attendue d'ici juin, l'expression des femmes concernant la politique salariale menée par les entreprises en dit long sur le mécontentement actuel. Ainsi, 54% des femmes estiment que leur entreprise n'est pas juste dans la manière de fixer les rémunérations à l'embauche, et 60% pensent de même concernant l'attribution des augmentations. Plus largement, 52% pointent une opacité sur les salaires, un pourcentage qui grimpe à 70% parmi les femmes cadres âgées de 55 ans et plus. Enfin, seules 12% des femmes cadres estiment que depuis cinq ans les inégalités hommes/femmes se sont réduites dans les entreprises.
Chômage des cadres : les seniors plus impactés que les autres
Affichant 4,2% (en 2024), le chômage des cadres n'a rien de dramatique. Si les recrutements ont baissé, cela renvoyant notamment à un climat maussade des affaires depuis deux ans, toutefois le marché de l'emploi cadre privé se caractérise par une forte dynamique en matière de recrutement et de créations d'emplois
, indiquait en janvier une étude conjointe de France Travail et de l'Apec. Le chômage des cadres est ainsi plus de deux fois moins élevé que celui des non-cadres. Cependant, le chômage des cadres seniors
demandeurs d'emploi, âgés de 50 ans ou plus, est plus marqué, à 4,6%. En juin dernier, on dénombrait 210 000 cadres seniors demandeurs d'emploi, dont 173 600 dans les catégories A, B et C. Près de la moitié (47%) relevait de la catégorie A (sans aucune activité). Pour les personnes âgées de 55 ans, la moitié des inscriptions se faisait dans cette catégorie, 57% concernant les 60 ans et plus. À savoir encore : 23% des cadres seniors s'inscrivent à France Travail à la suite d'une rupture conventionnelle, 20% après un licenciement non économique, 19% après des contrats courts.
Un retour rapide en emploi, mais...
Les cadres seniors retrouvent plus rapidement un emploi que les non-cadres, pour 37% (contre 33% pour les non-cadres) dans l'année qui suit l'inscription au chômage. Mais les cadres seniors demandeurs d'emploi sont concernés eux aussi par le chômage de longue durée : 26% des plus de cinquante ans (contre 31% pour les non-cadres) ont passé au moins un an en catégorie A dans les quinze derniers mois
. Ils sont 40% parmi les plus de 60 ans, lesquels sont par ailleurs 24% à avoir subi deux ans de chômage. Sur le plan de l'indemnisation, 60% des cadres seniors demandeurs d'emploi perçoivent une allocation. Elle est supérieure à 2 000 euros pour 64% d'entre eux. Des situations de grande précarité existent néanmoins chez les cadres seniors sans emploi : 6% d'entre eux (soit 10 150 personnes) perçoivent le RSA.
Intelligence artificielle : un enjeu syndical majeur
Chez Orano, la direction commence à mettre des robots en place. Pour l'instant, il n'y en a qu'un, dans une usine. Il est là pour assister les salariés et est guidé par une intelligence artificielle. La direction a eu la bonne idée de l'appeler
, témoignait Mickaël Bret (Fédéchimie FO) lors du congrès de FO-Cadres. Une illustration des pratiques cavalières de beaucoup d'entreprises. Pratiques qui exacerbent les craintes des salariés face à l'IA, entraînant le monde du travail dans une grande collaborateur
. Elle s'est aperçue de la bourde, mais le mal était faitmutation
, soulignait Éric Peres. Dans l'organisation syndicale, on répond à l'IA par l'intelligence collective
, lançait le secrétaire général de la confédération, Frédéric Souillot, devant les militants. La question porte sur la manière d'encadrer l'IA, de la réguler. Comment faire pour qu'elle reste un outil au service du collectif... Et pas l'inverse.
Dans le cadre du règlement européen, l'AI Act en 2024, il y a un déploiement massif des outils d'IA dans les entreprises et les administrations
, rappelait Éric Peres, soulignant que FO n'est pas contre le progrès technologique… s'il poursuit une finalité sociale
. Or, dans 70% des cas, le déploiement de ces outils n'est pas porté à la connaissance du personnel
. Des cadres découvrent parfois qu'ils utilisent des outils dopés à l'IA. On leur répond : ne vous inquiétez pas, cela va vous libérer du temps pour vous consacrer à des tâches à forte valeur ajoutée.
Plaidoyer de FO-Cadres pour un dialogue social technologique
Pas si simple. Les salariés d'une mutuelle d'assurance par exemple, où est utilisée l'IA, ont pu noter que leur intensité du travail devient toujours plus forte
, rapportait Éric Peres. Avec beaucoup de stress, d'autant plus quand rien n'est négocié
. Or, rappelle l'Union FO, selon la dernière jurisprudence sur le déploiement de l'intelligence artificielle, y compris à titre expérimental, l'entreprise doit consulter le CSE, sans quoi un dispositif IA peut être suspendu
. Une injonction d'autant plus importante face aux dangers des outils de l'IA, déployés non pour aider le salarié à grimper en qualification, mais pour l'amener à être beaucoup plus compétitif, plus rentable. Au détriment de ses conditions de travail
. Des formations FO sur l'IA sont déjà réalisées dans certains secteurs professionnels. En 2024, cinq cents militants ― cadres ― les ont suivies. En août prochain, tous les systèmes qui seront déployés, notamment en matière de gestion RH, devront être conformes à l'AI Act. Les entreprises seront ainsi susceptibles d'être condamnées.
Il faut donc veiller à la conformité des outils IA et savoir que certains sont interdits. Par exemple, indiquait Éric Peres, ceux qui évaluent les émotions, étant capables lors d'un entretien de recrutement de détecter la moindre faiblesse d'un candidat. L'utilisation de l'IA est possible en revanche pour prévenir les risques psycho-professionnels. Or cela comporte une zone grise
, alerte FO, car cette utilisation peut être dévoyée, servir par exemple à définir l'engagement professionnel du salarié. L'IA interroge aussi l'avenir des emplois. La question désormais est : qui va rester sur le carreau? Croire que les cadres et ingénieurs sont à l'abri serait une erreur
, souligne le militant. Pour FO, le partage de la valeur, l'IA étant censée générer de la productivité dans l'entreprise, est aussi un enjeu. Que deviendront les gains de productivité? Seront-ils réinjectés dans l'entreprise pour accompagner la formation, la reconversion des salariés? Serviront-ils à sauver les emplois ou à en créer de nouveaux? Ou repartiront-ils à l'actionnariat? Ce qui se passe aujourd'hui.
Alors que l'IA est un enjeu syndical majeur
, FO-Cadres, très active sur ce dossier, tant sur le plan national qu'international, a publié un Plaidoyer pour un dialogue social technologique, affirmant cinq enjeux, dix principes fondamentaux pour le respect des droits sociaux et faisant vingt propositions opérationnelles pour encadrer le développement et les usages des systèmes IA au travail
. L'objectif est clair, appuie l'Union FO : mettre l'IA au service des salariés et des agents, et non l'inverse
.


