Frédéric Souillot, FO/Budget 2026 : Je crois en la nécessité d'une mobilisation

Rédigé le 26/08/2025
par Frédéric Souillot, Secrétariat général

Interview de Frédéric Souillot, à News Tank RH, du mardi 26 août 2026.

J'ai trouvé la conférence de presse de François Bayrou irréelle par rapport à mon entretien du matin avec la ministre du Travail. Nous avons tous bien saisi que son budget est un budget de violence sociale. C'est un mensonge lorsqu'il parle de justice sociale. La facture est présentée au plus grand nombre, c'est-à-dire aux travailleurs. Quand il affirme que les mesures ne seront discutées qu'après le vote de confiance, il nous trompe, déclare Frédéric Souillot, secrétaire général de Force ouvrière, à News Tank le 26/08/2025 au sujet de la conférence de presse du Premier ministre, durant laquelle il a indiqué solliciter un vote de confiance à l'Assemblée nationale le 08/09/2025, avant le début de l'examen du budget.

En ce qui concerne la lettre de cadrage sur l'assurance chômage, j'ai expliqué à la ministre que cela équivaut à une version aggravée du décret Attal. Je conteste l'idée qu'il y ait une dérive dans le remboursement de la dette de l'Unédic à travers la convention d'assurance chômage. Nous avons signé une convention quadriennale le 14/11/2024, qui a été agréée par le Gouvernement et mise en œuvre en avril 2025. Il reste encore deux articles à appliquer. Par conséquent, nous demander de revenir à la table des négociations sous prétexte que les circonstances ont changé est inacceptable. J'ai informé la ministre que nous déposerions un recours devant le Conseil d'État et la justice. Je crois en la nécessité d'une mobilisation, car le concours Lépine des mauvaises idées pour réaliser des économies sur le dos des travailleurs n'est pas acceptable.

L'intersyndicale a revu son calendrier après la conférence de presse de François Bayrou. Initialement prévue pour le 01/09/2025, la réunion a été avancée au 29/08/2025.

News Tank RH : Qu'est-il ressorti de votre entretien avec Astrid Panosyan-Bouvet, ministre chargée du travail et de l'emploi, le 25/08/2025, au sujet de la réforme de l'assurance chômage et du budget 2026?

Frédéric Souillot : Lors de cet entretien, nous avons tout d'abord abordé la question des lettres d'orientation concernant les jours fériés et les lettres de cadrage relatives à l'assurance chômage. J'ai clairement exprimé à la ministre que Force ouvrière ne participerait pas à des négociations visant à remettre en cause le nombre de jours fériés.

Cela ne représente pas seulement un sujet sensible pour tous, mais implique également une remise en question de la durée du temps de travail.

En ce qui concerne la lettre de cadrage sur l'assurance chômage, j'ai expliqué à la ministre que cela équivaut à une version aggravée du décret Attal. Je conteste l'idée qu'il y ait une dérive dans le remboursement de la dette de l'Unédic à travers la convention d'assurance chômage. Nous avons signé une convention quadriennale le 14/11/2024, qui a été agréée par le Gouvernement et mise en œuvre en avril 2025. Il reste encore deux articles à appliquer.

Par conséquent, nous demander de revenir à la table des négociations sous prétexte que les circonstances ont changé est inacceptable. J'ai informé la ministre que nous déposerions un recours devant le Conseil d'État et la justice.

News Tank RH : Qu'a répondu Astrid Panosyan-Bouvet?

Frédéric Souillot : La ministre a contesté mon point de vue, affirmant que la situation n'était pas pire que le décret Attal. Elle souhaite que la convention de l'année précédente continue de s'appliquer, mais avec l'objectif de négocier une nouvelle convention impliquant 2,5 milliards d'euros d'économies supplémentaires sur le dos des demandeurs d'emploi, ainsi qu'un gel de l'indemnisation des demandeurs d'emploi. De plus, une discussion sur la rupture conventionnelle, considérée comme un divorce à l'amiable, est envisagée. À mes yeux, cela aggrave la situation.

Je lui ai donc indiqué que, tout en restant sur nos positions respectives, nous prévoyons de déposer un recours devant la justice.

Ce recours sera discuté le 29/08/2025 lors d'une réunion intersyndicale avec les cinq organisations syndicales représentatives, afin de déterminer la possibilité d'un recours commun. L'intersyndicale a revu son calendrier après la conférence de presse de François Bayrou. Initialement prévue pour le 01/09/2025, la réunion a été avancée au 29/08/2025.

News Tank RH : Comment vous réagissez-vous à la conférence de presse de François Bayrou le 25/08/2025?

Frédéric Souillot : J'ai trouvé cette conférence de presse irréelle par rapport à mon entretien du matin avec la ministre. Je suis convaincu qu'elle n'était pas informée des annonces que le Premier ministre allait faire : c'est un sentiment personnel, mais je ne pense pas qu'elle ait joué un double jeu. Chacun restait sur ses positions et, l'après-midi, le Premier ministre a déclaré qu'il devait expliquer aux familles et aux Français qui n'auraient pas compris. Nous avons tous bien saisi que son budget est un budget de violence sociale.

C'est un mensonge lorsqu'il parle de justice sociale. La facture est présentée au plus grand nombre, c'est-à-dire aux travailleurs. Quand il affirme que les mesures ne seront discutées qu'après le vote de confiance, il nous trompe.

En réalité, l'exécutif a déjà consulté tous les conseils d'administration de la sécurité sociale pour discuter du doublement des franchises, passant de 50 à 100 euros, ce qui était bien une mesure incluse dans son budget.

De plus, concernant les critères de carence, le projet de document d'orientation présenté par la ministre le matin prévoit que les trois premiers jours de carence relèveraient de la sécurité sociale, tandis que les entreprises prendraient en charge les jours du quatrième au septième sans l'intervention de la sécurité sociale. Cela signifierait sept jours de carence en cas d'arrêt maladie. Il est injuste de rendre responsable une personne malade de sa condition.

Par conséquent, ce plan est un plan d'austérité. Je le qualifie ainsi. Et je ne parle ici que des grandes lignes.

En parallèle, il est demandé de discuter de la rupture conventionnelle et, dans le projet de document d'orientation sur le Code du travail, il est question de réduire de moitié, voire d'un tiers, le recours devant le conseil des prud'hommes en cas de litige entre employeur et salarié. On souhaite mettre fin au divorce à l'amiable tout en réduisant les recours.

C'est pire que le barème Macron et les ordonnances travail. Dans ce projet de document d'orientation, tout ce qui n'a pas été obtenu avec les ordonnances travail, notamment la primauté des accords d'entreprise sur ceux de branche ou interprofessionnels, y est inclus.

Il ne s'agit pour l'instant que d'un projet, et la lettre d'orientation devrait nous être envoyée d'ici à la fin septembre 2025, pour l'ouverture d'une négociation qui devrait aboutir d'ici au 31/12/2025.

Concernant le vote de confiance à l'Assemblée nationale prévu à l'article 49.1 de la Constitution le 08/09/2025, c'est le choix du Premier ministre. Je n'ai pas à commenter le vote de confiance, car je ne fais pas de politique, seulement de la politique syndicale. C'est la responsabilité des parlementaires.

News Tank TH : Concernant la mobilisation nationale du 10/09/2025, pourquoi émettez-vous des réserves?

Frédéric Souillot : J'émets des réserves car, parmi les 8 000 comptes sur les réseaux sociaux appelant à tout bloquer, je n'ai pas observé de revendications syndicales. En revanche, j'ai constaté des revendications concernant la liberté vaccinale, par exemple. Quand certains appellent à la grève générale, c'est la responsabilité des organisations syndicales de la mener et cela ne relève pas d'autres acteurs. De plus, certains de ces 8 000 comptes sur les réseaux sociaux rejettent la présence des organisations syndicales, comme lors du mouvement des gilets jaunes.

Par ailleurs, les revendications sont contradictoires. Je ne vois pas de défense de la sécurité sociale, mais plutôt des appels à la baisse des charges. Je ne sais pas ce que signifie une charge, à moins de parler de poids.

Nous avons une intersyndicale et nous déciderons de nos actions en son sein.

C'est pour cette raison que j'ai déposé un préavis de grève le 28/07/2025, couvrant la période du 01/09 au 30/11/2025. J'ai d'ailleurs reçu hier un courrier de Matignon confirmant la réception de mon préavis de grève. Je crois en la nécessité d'une mobilisation, car le concours Lépine des mauvaises idées pour réaliser des économies sur le dos des travailleurs n'est pas acceptable.