Libres et indépendants, une devise mise chaque jour en pratique

Rédigé le 01/11/2026
par Valérie Forgeront, L'inFO militante

En avril dernier, le congrès de FO à Dijon a ainsi rappelé, dès les premières lignes de sa résolution générale, son attachement indéfectible à la Charte d'Amiens. Celui-ci renvoie directement aux statuts de la Confédération qui fondent l'indépendance de la CGT-FO vis-à-vis de l'État, du patronat, des gouvernements, des partis ou des groupements politiques, des religions et des groupes philosophiques et de façon générale leur irréductible opposition à toute influence extérieure au mouvement syndical. Il considère que l'indépendance syndicale vis-à-vis de toute structure ou influence extérieure est une nécessité et la condition indispensable à la représentation et à la défense efficace et permanente des droits et intérêts matériels et moraux des travailleurs, salariés actifs, chômeurs et retraités. Pour le Congrès, l'indépendance syndicale est à la base de toute action syndicale dont la pratique contractuelle, toujours fondée sur le rapport de force, est un des outils essentiels. De ce point de vue, liberté syndicale, liberté de négociation et droit de grève sont intimement liés et constituent la base de l'expression de toutes les revendications.

En œuvre depuis 1948

Ce rappel des principes de la Charte est, pourrait-on dire, un grand classique et fort de sens à Force Ouvrière. Il vient souligner, tant dans les textes de la résolution du CCN (Comité confédéral national) que dans celles issues des congrès confédéraux, ou encore dans les textes de résolutions produits par les structures FO, le poids fondateur de la Charte pour l'organisation née en 1948. Et pour cause! C'est justement sur les principes d'indépendance vis-à-vis du politique, concrètement en opposition à la mainmise sur la CGT du parti communiste français, relais de Moscou, que FO s'est bâtie en avril 1948. Cela, à la suite du départ de dirigeants (dont Léon Jouhaux, alors co-secrétaire général de la CGT) de la centrale le 19 décembre de 1947. De quelle manière depuis sa création FO applique-t-elle la Charte d'Amiens? Fort simplement : à chaque strate de la confédération, l'expression est syndicale, toute syndicale et uniquement syndicale. Dans la liberté et l'indépendance. Ce qui rappelle d'ailleurs la liberté des salariés de cotiser à un syndicat, hors de toute influence et clientélisme. C'est pour cela que FO s'est toujours opposée au principe du chèque syndical. À FO, les décisions syndicales se prennent au sein des syndicats, des unions départementales, des fédérations, du CCN, de la commission exécutive, du bureau confédéral, du congrès confédéral… et cela sans qu'elles soient prises sous une quelconque influence politique, outre autre. C'est de sa seule voix que FO parle. Par ailleurs – ce qui étonne d'ailleurs souvent certains observateurs, peu familiers des principes de la Charte d'Amiens et qui verraient d'un bon œil l'intégration des syndicats dans les rouages politiques pour servir de courroie de transmission aux partis, ce qui reviendrait à inféoder le syndicat –, le commentaire du programme de tel ou tel parti politique n'a pas le droit de cité à FO. De même que la prise de position en faveur ou contre chacun d'eux, et pas non plus d'appel à voter pour les uns ou les autres.

Dans le registre du vote, FO ne prendra position qu'une fois, en 1969, appelant à se prononcer contre la réforme du Sénat (visant une fusion avec le Conseil économique et social), faisant l'objet d'un référendum sous la présidence de Charles de Gaulle. FO s'opposait alors au risque d'une intégration des syndicats dans l'appareil d'État. À FO, chaque adhérent, chaque militant qui prend connaissance de l'histoire de l'organisation (notamment à l'occasion des stages «Découverte» organisés par le CFMS) mesure l'importance de la Charte, sa dimension incontournable dans la voix que porte l'organisation.

Moi, mon interlocuteur, c'est l'exécutif, soit le président de la République et le gouvernement, indiquait récemment le secrétaire général de la confédération, Frédéric Souillot. Manière de signifier que les prises de position de FO, ses revendications, ses critiques, s'adressent à ceux actuellement aux manettes, en clair à ceux dont les décisions sont susceptibles d'avoir des conséquences, en bien ou en mal, sur les  intérêts moraux et matériels, économiques et professionnels des salariés. Or, ce sont ces intérêts que FO défend, rappelait Frédéric Souillot en avril dernier, à la veille du congrès confédéral de Dijon.