Intelligence artificielle : un enjeu syndical majeur

Rédigé le 31/03/2026
par Valérie Forgeront, L'inFO militante

Chez Orano, la direction commence à mettre des robots en place. Pour l'instant, il n'y en a qu'un, dans une usine. Il est là pour assister les salariés et est guidé par une intelligence artificielle. La direction a eu la bonne idée de l'appeler collaborateur. Elle s'est aperçue de la bourde, mais le mal était fait, témoignait Mickaël Bret (Fédéchimie FO) lors du congrès de FO-Cadres. Une illustration des pratiques cavalières de beaucoup d'entreprises. Pratiques qui exacerbent les craintes des salariés face à l'IA, entraînant le monde du travail dans une grande mutation, soulignait Éric Peres. Dans l'organisation syndicale, on répond à l'IA par l'intelligence collective, lançait le secrétaire général de la confédération, Frédéric Souillot, devant les militants. La question porte sur la manière d'encadrer l'IA, de la réguler. Comment faire pour qu'elle reste un outil au service du collectif... Et pas l'inverse. Dans le cadre du règlement européen, l'AI Act en 2024, il y a un déploiement massif des outils d'IA dans les entreprises et les administrations, rappelait Éric Peres, soulignant que FO n'est pas contre le progrès technologique… s'il poursuit une finalité sociale. Or, dans 70% des cas, le déploiement de ces outils n'est pas porté à la connaissance du personnel. Des cadres découvrent parfois qu'ils utilisent des outils dopés à l'IA. On leur répond : ne vous inquiétez pas, cela va vous libérer du temps pour vous consacrer à des tâches à forte valeur ajoutée.

Plaidoyer de FO-Cadres pour un dialogue social technologique

Pas si simple. Les salariés d'une mutuelle d'assurance par exemple, où est utilisée l'IA, ont pu noter que  leur intensité du travail devient toujours plus forte, rapportait Éric Peres. Avec beaucoup de stress, d'autant plus quand rien n'est négocié. Or, rappelle l'Union FO, selon la dernière jurisprudence sur le déploiement de l'intelligence artificielle, y compris à titre expérimental, l'entreprise doit consulter le CSE, sans quoi un dispositif IA peut être suspendu. Une injonction d'autant plus importante face aux dangers des outils de l'IA, déployés non pour aider le salarié à grimper en qualification, mais pour l'amener à être beaucoup plus compétitif, plus rentable. Au détriment de ses conditions de travail. Des formations FO sur l'IA sont déjà réalisées dans certains secteurs professionnels. En 2024, cinq cents militants ― cadres ― les ont suivies. En août prochain, tous les systèmes qui seront déployés, notamment en matière de gestion RH, devront être conformes à l'AI Act. Les entreprises seront ainsi susceptibles d'être condamnées. Il faut donc veiller à la conformité des outils IA et savoir que certains sont interdits. Par exemple, indiquait Éric Peres, ceux qui évaluent les émotions, étant capables lors d'un entretien de recrutement de détecter la moindre faiblesse d'un candidat. L'utilisation de l'IA est possible en revanche pour prévenir les risques psycho-professionnels. Or cela comporte une zone grise, alerte FO, car cette utilisation peut être dévoyée, servir par exemple à définir l'engagement professionnel du salarié. L'IA interroge aussi l'avenir des emplois. La question désormais est : qui va rester sur le carreau? Croire que les cadres et ingénieurs sont à l'abri serait une erreur, souligne le militant. Pour FO, le partage de la valeur, l'IA étant censée générer de la productivité dans l'entreprise, est aussi un enjeu. Que deviendront les gains de productivité? Seront-ils réinjectés dans l'entreprise pour accompagner la formation, la reconversion des salariés? Serviront-ils à sauver les emplois ou à en créer de nouveaux? Ou repartiront-ils à l'actionnariat? Ce qui se passe aujourd'hui. Alors que l'IA est un enjeu syndical majeur, FO-Cadres, très active sur ce dossier, tant sur le plan national qu'international, a publié un Plaidoyer pour un dialogue social technologique, affirmant cinq enjeux, dix principes fondamentaux pour le respect des droits sociaux et faisant vingt propositions opérationnelles pour encadrer le développement et les usages des systèmes IA au travail. L'objectif est clair, appuie l'Union FO : mettre l'IA au service des salariés et des agents, et non l'inverse.