Le projet de règlement européen d'accélération industrielle vient d'être adopté par la Commission européenne. Si l'idée est intéressante, estime FO, le texte devra être amélioré pour profiter à tous les travailleurs de l'UE.
L a France a présenté sa proposition de règlement européen dit d'accélération industrielle. Il s'agit d'exiger des entreprises de secteurs considérés comme stratégiques et bénéficiant de l'argent public (subventions, commandes publiques, appels d'offres, primes à l'achat...) que leur production intègre une part de composants originaires d'Europe ou à faible intensité de carbone. Adopté en commission, le projet devra encore être approuvé par les États membres et le Parlement européen.
Pour l'heure, la liste des secteurs concernés n'a pas été intégralement communiquée mais elle comprend la sidérurgie, l'automobile, le bâtiment et les technologies bas carbone (batteries et panneaux solaires, éoliennes, pompes à chaleur, etc.).
Du positif pour l'automobile…
Si FO Métaux a salué le projet, la fédération a aussi regretté que certains acteurs de la sidérurgie ne puissent pleinement profiter de son impact. Car chacun ne sera pas soumis aux mêmes obligations. Ainsi pour l'acier, il s'agira d'intégrer 25% d'acier bas carbone, sans qu'il provienne forcément d'Europe, alors que pour l'aluminium, 25% devra provenir de l'Europe, mais sans être forcément bas carbone. Quant à l'industrie automobile, elle devra produire des véhicules électriques ou hybrides dont 70% des composants (hors batteries) seront européens.
Ce projet est une bonne idée, mais il ne faut pas qu'il soit dévoyé
, considère Branislav Rugani, secrétaire confédéral FO au secteur International-Europe. Les États membres ne sont en effet pas tous d'accord sur la définition même du made in Europe
. Il est ainsi question d'y inclure des pays extra-UE avec lesquels l'Union possède déjà des accords commerciaux. Le Royaume-Uni, cela paraît logique, le pays contribue à la fabrication des Airbus. Mais l'Allemagne voudrait y associer le Canada ou le Japon
, poursuit le secrétaire confédéral.
… Mais insuffisant globalement pour l'emploi
Un autre pan du futur règlement concerne l'installation d'entreprises avec notamment l'obligation, pour les investissements étrangers de plus de 100 millions d'euros, de garantir 50% d'emploi local et de maintenir ces emplois au moins cinq ans. 50% d'emploi local pour labelliser un produit made in Europe, et qu'ainsi une entreprise bénéficie d'aides publiques, c'est tout à fait insuffisant
, pointe Branislav Rugani.
Le projet vise à augmenter la part de la production manufacturière dans le PIB européen à 20% à l'horizon 2035, contre 14% actuellement. Il faut un investissement considérable, qui n'aura de bénéfices pour les travailleurs que s'il permet de maintenir et développer des emplois de qualité
, souligne Branislav Rugani. Au-delà de la localisation de la production, pour FO et la Confédération européenne des syndicats, le made in Europe
devrait aussi refléter des valeurs fortes en matière de normes du travail, de dialogue social ou de salaire minimum.
Une préoccupation majeure à l'heure où l'UE travaille à la rédaction d'une loi sur les emplois de qualité. Soutenue par FO, la Confédération européenne des syndicats demande notamment que cette loi promeuve l'emploi direct, limite les chaînes de sous-traitance ou encore garantisse des inspections du travail efficaces et fréquentes. L'Europe n'est toujours pas socialement harmonisée, . Pour que le
made in Europe
devienne un vrai levier, il faut mettre fin aux disparités sociales et garantir que consommer européen profite réellement à l'ensemble du continent, pas seulement aux entreprises cherchant à optimiser leurs coûts.


