Le Ventoux, Ferrand-Prévot, Vollering : un Tour femmes 5 étoiles

Rédigé le 31/07/2026
par Baptiste Bouthier, L'inFO militante

Un an après le sacre historique de Pauline Ferrand-Prévot, l'édition femmes de la Grande Boucle relie Lausanne à Nice via le Mont chauve, où la Française et la Néerlandaise se sont déjà donné rendez-vous…

Le rêve de «PFP» est devenu réalité

Le Tour de France femmes s'est achevé sur un petit parfum de sidération, le 3 août 2025, à Châtel. Bien sûr, Bernard Hinault n'a toujours pas trouvé de successeur chez les hommes, mais quarante ans après avoir ramené le maillot jaune à Paris, ce que plus aucun Français n'a fait depuis, une Française a remporté la Grande Boucle! On s'en serait presque pincé, la veille, sur la route du col de la Madeleine, quand Pauline Ferrand-Prévot, que l'on sentait très en jambes depuis le départ une semaine plus tôt à Vannes, avait cloué sur place la concurrence pour assommer l'épreuve. Alors, ça ressemble à ça quand une Française gagne le Tour?

Solide chez Visma aux côtés de Marianne Vos, vainqueure de la première étape et en jaune trois jours, «PFP», 33 ans, était en mission sur cette Grande Boucle 2025. Elle, l'ex-championne du monde sur route (en 2014), s'était surtout concentrée sur le VTT ces dernières saisons, jusqu'à remporter l'or olympique à Paris 2024. Mais le retour du Tour de France au calendrier féminin, et la perspective d'être la première Française à y inscrire son nom, avait réveillé son appétit de championne. De quoi mettre tout le monde d'accord dans le week-end alpestre final : cavalier seul le samedi à la Madeleine, victoire de patronne le dimanche à Châtel, elle faisait chavirer le cœur des Françaises et des Français qui ne demandaient que ça. Et qui rêvent, comme elle, que ça recommence cet été.

De la Suisse à Nice, le Ventoux en juge de paix

À l'image de l'édition 2024, partie des Pays-Bas, ce Tour femmes 2026 s'installe à l'étranger pour son Grand départ, plus exactement en Suisse, à Lausanne. En neuf jours, jusqu'à Nice, il va se contenter de voyager dans l'est et le sud-est de la France, pour un parcours particulièrement difficile.

Dès l'entame romande, les sprinteuses risquent de se demander pourquoi s'être présentées au départ. La première étape, une longue boucle autour de Lausanne, s'achève par une bosse qui sacrera une puncheuse et où les favorites devront se livrer elles aussi; le lendemain, sur la route de Genève, le final est plat mais précédé de nombreuses difficultés qui devraient largement permettre d'écrémer le peloton, et la traversée du Jura jusqu'à Poligny, sur la troisième étape, via notamment le col de la Faucille (11,5 km à 6,6%) devrait donner un résultat assez similaire. Puis l'épreuve va se poser en Bourgogne, pour un premier rendez-vous majeur au milieu des vignes : un contre-la-montre de vingt-et-un kilomètres entre Gevrey-Chambertin et Dijon, marqué entre autres par l'ascension des lacets de Marsannay (2 km à 6,6%), où de beaux écarts devraient déjà être creusés. Le lendemain, c'est un peu plus au sud, dans les vignes du Beaujolais, que la cinquième étape devrait virer au feu d'artifice : pas un mètre de plat en 141 bornes, avec de nombreuses ascensions répertoriées, dont, dans le final, le col de Durbize (3,6 km à 5,9%) et le très difficile mont Brouilly (3,3 km à 7,4%) où l'on devrait assister à la première très grosse bagarre entre les candidates au maillot jaune.

Mais que vaudront ces premières tendances tracées en Bourgogne une fois au pied du géant de Provence? Après une journée de transition (encore injouable pour les sprinteuses) à travers les routes du Forez et du Pilat, voilà que le mont Ventoux se dresse à l'arrivée de la septième étape. Une grande première pour le cyclisme féminin, que les orga- nisateurs du Tour s'enorgueillissent de loger à la même enseigne que les hommes en proposant les ascensions les plus difficiles du pays. 15,8 kilomètres, 8,7% de moyenne, un premier tiers atroce au milieu de la forêt, un dernier tiers en plein cagnard dans un paysage lunaire : le cadre est à la mesure de l'enjeu, puisque ce n'est rien de moins que la victoire finale sur ce Tour qui se jouera là-haut, à 1 901 mètres d'altitude.

Le dernier week-end, en effet, ne semble pas susceptible de creuser des écarts aussi grands, même s'il reste difficile. Le samedi, la plus longue étape (175 km, une distance plutôt réservée aux hommes habituellement) propose une approche délicate de Nice par les côtes de Colomars et de la Ginestre. Surtout, le lendemain, la dernière étape, ramassée en 100 bornes à peine, propose quatre ascensions du col d'Èze (6 km à 7,6%) et devrait être disputée à cent à l'heure. À l'arrivée, la reine de la promenade des Anglais sera reconnaissable à son beau maillot jaune.

Ferrand-Prévot en mission doublé

Alors qu'elle n'avait quasiment plus couru sur route depuis 2018, le défi de Pauline Ferrand-Prévot, il y un an, semblait immense. Son début de saison, marqué notamment par son succès à Paris-Roubaix, avait marqué les esprits et rassuré; mais sa victoire sur la Grande Boucle n'en était pas moins difficile à prévoir, surtout avec une telle marge sur la concurrence. Cet été, une seule question accompagne cette fois la coureuse de Visma au départ de Lausanne : qui pourrait l'empêcher de faire le doublé?

«PFP» a lancé sa saison avec ce seul objectif en tête. Ce qui ne l'a pas empêchée de réussir un printemps plein : deuxième du Tour des Flandres comme un an plus tôt, elle s'est muée en vain en équipière de luxe sur Paris-Roubaix pour Marianne Vos, les deux coureuses terminant finalement sur le podium derrière Franziska Koch. Des temps de passage très rassurants pour la coureuse de 33 ans, qui a répondu l'été dernier aux doutes sur ses capacités dans les cols les plus difficiles, comme le Ventoux proposé cette année. Très bien épaulée au sein de sa formation, dont elle est la leader incontestable, elle devrait traverser les neuf jours sans encombre. Le seul doute, finalement, viendra du niveau de la concurrence qu'elle devra affronter.

Les autres favorites : Vollering face à son destin

Incontestable numéro une mondiale depuis quatre ans, Demi Vollering vit en revanche une histoire contrastée avec le Tour de France depuis que celui-ci est revenu au calendrier féminin. En quatre éditions, la Néerlandaise a terminé au pire… deuxième. Sauf qu'elle n'en a gagné qu'un, en 2023. Il y a deux ans, elle n'avait jamais pu remonter le retard pris à cause d'une mauvaise chute, échouant à quatre minuscules secondes de Katarzyna Niewiadoma. Mais l'an dernier, la gifle infligée par Pauline Ferrand-Prévot – 3'42 d'avance au général final – n'était ni prévue, ni digeste. Sans répartie sur le moment, la coureuse de FDJ-Suez a visiblement profité de l'intersaison, cet hiver, pour se remettre à l'endroit. Son printemps a été fantastique : victoires sur le Tour des Flandres, Liège-Bastogne-Liège, la Flèche wallonne et le Nieuwsblad, podium partout ailleurs ou presque, elle n'a laissé que des miettes à la concurrence, et ses coéquipières ont été au diapason, la formation française remportant de nombreux succès. Difficile d'arriver plus en confiance sur le Tour que dans ces conditions. Meilleure grimpeuse du peloton, sur le papier, Demi Vollering sait ce qu'il lui reste à faire : disperser la concurrence sur les pentes du Ventoux pour, enfin, renouer avec son destin.

Un autre femme peut-elle s'immiscer dans ce duel au sommet? Troisième l'an dernier et donc vainqueure un an plus tôt, Niewiadoma a elle aussi réussi un excellent printemps, sur les talons de Vollering. Montée sur le podium de Liège-Bastogne-Liège, l'Amstel Gold Race, les Strade bianche et le Nieuwsblad, la Polonaise pourrait profiter d'un marquage entre les deux grandes favorites pour les piéger : attention à ne pas lui laisser le champ libre… Dans le même ordre d'idée, même si elle se présente au départ loin des projecteurs, l'Italienne Elisa Longo Borghini (34 ans, double vainqueure du Tour d'Italie) reste une adversaire redoutable à qui il ne faudra pas laisser d'espace.

Du côté des autres coureuses françaises, si Evita Muzic (4e en 2024) et Juliette Berthet (4e en 2022, 7e l'an dernier) seront avant tout là pour épauler Vollering au sein de l'équipe FDJ, Cédrine Kerbaol, excellente huitième l'été dernier, sera la leader de l'équipe EF. On reverra aussi avec curiosité la double vainqueure d'étape surprise de l'an dernier Maeva Squiban, qui a depuis confirmé chez UAE avec d'autres résultats probants, et les débuts sur l'épreuve des deux futures pépites du cyclisme tricolore, Célia Géry (20 ans, FDJ) et Marion Bunel (21 ans, Visma).