Liquidation des chaussures André : une lente agonie au fil de reprises périlleuses

Rédigé le 05/10/2026
par Chloé Bouvier, L'inFO militante

Quelques mois après une ultime reprise du chausseur, les trente salariés encore employés par l'entreprise ont été licenciés : la liquidation judiciaire d'André, entreprise créée en 1896, a été prononcée par le tribunal des activités économiques de Paris qui avait ouvert une procédure de liquidation. Pour les salariés, la nouvelle est d'une grande violence. FO, qui les accompagne, souligne qu'ils ont fait les frais d'un montage financier «immoral».

Il n'aura fallu que dix minutes pour que le tribunal des activités économiques de Paris scelle le sort de la trentaine de salariés de l'entreprise en prononçant sa liquidation. Pourtant, cela faisait des mois que nous, les salariés nous tirions la sonnette d'alarmes, raconte Fatiha Hassan, déléguée FO au sein de l'entreprise. Mais en vain. Résultat, cinq mois plus tard, c'était la cessation de paiement pointe la militante.

Depuis 2023, les salariés d'André n'ont eu de cesse d'être bousculés et méprisés, au rythme des stratégies de leur repreneur. Car, depuis cette date, l'entreprise (anciennement dans le giron du groupe français de textile Vivarte et revendue à plusieurs reprises depuis 2018) a été rachetée par une société belge Optakare, spécialisée dans la vente en ligne.

Un PSE dès 2025

2025 : la décision du tribunal prévoyait une reprise avec des engagements financiers et l'interdiction de licenciement sur les deux prochaines années. Une fois ce délai écoulé, en 2025, la situation a changé. Si le P-DG Karim Redjal avait initialement sauvegardé 119 contrats de travail (sur 250) et 21 boutiques (sur 50), pour l'homme d'affaires l'heure est désormais au dégraissage. Il n'a gardé que sept boutiques et 43 employés, dont 33 en CDI, explique Carole Prioult, secrétaire adjointe de la section fédérale (FEC FO) Commerce & VRP.

Mais, les difficultés continuent de s'accumuler. Les stocks n'étaient pas approvisionnés, il y avait des problèmes sur les fiches de paie ainsi que sur l'étiquetage des produits, raconte Fatiha Hassan. La militante évoque notamment des prix affichés qui ne correspondaient pas ou des prix qui augmentaient lors des soldes. On s'est beaucoup fait critiquer par les clients. D'autant que la qualité des chaussures n'était plus toujours au rendez-vous.

Avec les mêmes repreneurs, les difficultés s'aggravent

Résultat, fin 2025, André se retrouve à nouveau en redressement judiciaire. Paradoxe, face à deux repreneurs intéressés, le tribunal choisit Optakar. C'est étrange que celui qui a échoué à faire fonctionner la boîte la rachète. D'ailleurs, le tribunal avait émis des réserves en ce sens, indique Caroline Prioult.

En quelques mois, les difficultés financières s'aggravent. La direction nous disait que ces difficultés étaient dues aux loyers de bailleurs ou de l'absentéisme des salariés. Mais nous on voyait bien que les stocks des boutiques n'étaient toujours pas approvisionnés : les achats partaient pour la vente en ligne, jamais dans les boutiques, s'indigne Fatiha Hassan.

Des salariés abasourdis

A peine neuf mois après la reprise, c'est donc la fin du chausseur André. Le tribunal a prononcé la liquidation judiciaire d'Héritage 1896, exploitant les magasins André. Pour les salariés, le choc est violent. Nous avions écrit une prise de parole à lire devant le tribunal, on ne nous a pas laissé parler.

Le tribunal a de plus demandé à la déléguée de prévenir les employés. Celle-ci a refusé : c'était le rôle de la direction, pas le mien. Un mail a finalement été envoyé par la direction. Depuis, le téléphone de Fatiha ne cesse de sonner. Les gens sont abasourdis par autant de froideur. Rien ne leur a été proposé. Certains, comme moi, ont trente ans de maison. Comment retrouver un travail dans ce contexte pour ceux qui ont plus de 55 ans?

L'ultra-libéralisme vient tuer les droits des salariés

Pour la FEC-FO, qui accompagne les désormais anciens salariés, le schéma n'est pas tout à fait nouveau. On les voit au tribunal ces sociétés qui désossent les boîtes puis, face à la liquidation judiciaire, ne rachètent que la marque en laissant de côté les salariés, analyse Carole Prioult.

Malgré ses réserves, le tribunal avait autorisé la seconde reprise d'André par Optikare. Pourquoi une reprise de seulement six mois?, interroge Fatiha évoquant les efforts des salariés pour maintenir les boutiques. On nous a donné de l'espoir mais tout ce que l'on a eu, c'est un sursis de six mois.

Pour Carole Prioult, ce qui s'est passé au sein d'André montre l'appétit des hommes d'affaires et leur mépris des salariés. C'est là tout le paradoxe de ces montages financiers, ils sont immoraux mais pas illégaux. L'ultra-libéralisme dans le cadre de l'entrepreneuriat vient tuer les droits des salariés.