Le Gouvernement supprime encore des postes à la direction générale des finances publiques (DGFIP), éloignant un peu plus ce service public de ses usagers et dégradant les conditions de travail des agents. Olivier Brunelle, secrétaire général de FO-DGFIP, analyse les conséquences de cette politique et revient sur ses présupposés.
L'État a besoin d'argent mais il supprime des emplois dans les services chargés du calcul et de la collecte des recettes fiscales : 550 postes en moins à la direction générale des finances publiques (DGFIP) sont ainsi programmés par la loi de finance pour 2026. On nage en plein paradoxe. Alors que nous sommes l'administration qui finance les autres, et que par ailleurs 80 à 100 milliards d'euros sont fraudés aux impôts, dont 32 milliards de TVA, le gouvernement réduit nos effectifs
, s'insurge Olivier Brunelle, secrétaire général de FO-DGFIP. 550 postes, c'est comme si on supprimait la direction des finances du département des Landes, illustre-t-il.
Et cela fait des années que ça dure. En quinze ans, l'administration des finances publiques a perdu un quart de ses effectifs et la moitié de ses implantations territoriales de pleine compétence. L'État semble espérer que cela passe inaperçu aux yeux des citoyens, qui sont aussi des contribuables. C'est plus compliqué de toucher aux militaires, aux profs ou aux policiers, alors l'État supprime chez nous
, explique Olivier Brunelle. Selon ses calculs, ces 550 postes en moins représentent 40% des suppressions d'emplois programmées au sein du versant État de la fonction publique. Plus largement, le secrétaire général de FO-DGFIP voit dans cette décision de l'exécutif de supprimer des postes voit une volonté de ne pas contrôler pour ne pas déranger
.
Des services éloignés de l'usager
Ce mouvement général de réduction de moyens des services publics a des conséquences concrètes pour le citoyen et plus globalement du point de vue de l'intérêt général. Car, constatant qu'ils ont moins accès aux services publics, les usagers se disent qu'ils paient sans avoir le service en retour, ce qui alimente le ras-le-bol fiscal et réduit le consentement à l'impôt
, analyse Olivier Brunelle.
L'administration répond qu'elle s'est dématérialisée. Sauf que l'e-administration ne rend pas les mêmes services
et que 20% des gens ne sont pas aptes à utiliser le numérique
, rappelle le militant. Le syndicaliste. Pour recréer des services publics près des gens, l'État a bien mis en place des Maisons France services. Prétendant recréer des services physiquement proches géographiquement des usagers, les gouvernements, depuis une quinzaine d'année, ont développer la création de «Maisons», intitulées actuellement France services, avec des points de contact DGFIP. Mais ces maisons ne sauraient remplacer les anciennes implantations. En général, il n'y a qu'un seul agent – souvent de la territoriale – chargé de tous les services publics; comme il ne peut pas être compétent dans tous les domaines, il prend les questions des usagers, qui doivent revenir la semaine suivante pour obtenir leur réponse
, décrit Olivier Brunelle.
Dégradation des conditions de travail
Il constate également, dans le système informatique de l'administration des finances publiques, les conséquences d'années de «sous-investissement». Début février, une défaillance matérielle dans une baie de stockage a ainsi entraîné un dysfonctionnement du logiciel Hélios, qui gère la comptabilité des collectivités locales et des hôpitaux, empêchant le règlement de fournisseurs et menaçant le versement des paies.
Enfin, cette attrition permanente intensifie le travail des agents
et dégrade leurs conditions de travail. Les congés non-pris représentent 2 000 emplois en équivalent temps plein par an indique le secrétaire général du syndicat FO-DGFIP.
L'emploi, une question accessoire pour l'administration
Il constate également une vague de suicides et de tentatives de suicides
parmi les agents de l'administration des finances. Or, si l'emploi – et notamment le sous-effectif – est au cœur des préoccupations des agents, cette question est désormais accessoire
pour l'administration, pointe Olivier Brunelle. Et le militant de rappeler qu'avant même que le budget ait été voté par la représentation nationale, la directrice générale des finances publiques avait inscrit, pour information, les suppressions d'emplois de son administration à l'ordre du jour des instances du représentation du personnel…


