La circulation du Montenvers, le petit train à crémaillère qui relie Chamonix à la Mer de Glace, en Haute-Savoie, a repris normalement le 15 juillet, après 12 jours de grève. Mais un appel à la mobilisation pourrait être relancé avant la fin de l'été. FO dénonce notamment l'absence de dialogue social et la dégradation des conditions de travail depuis que le département a repris l'infrastructure en régie directe, en novembre 2024.
Dégradation des conditions de travail, absence de dialogue social, représentants du personnel sous pression, souffrances au travail… Une ambiance délétère plane sur le train du Montenvers en Haute-Savoie. A tel point que les salariés ont largement répondu au préavis de grève illimitée lancé le 3 juillet par deux syndicats dont FO. Le trafic a été totalement interrompu durant quatre jours, du jamais vu dans l'histoire de ce petit train rouge à crémaillère qui amène les passagers de Chamonix à la Mer de Glace depuis 1909.
La grève a été suspendue le 15 juillet à l'approche du pic d'activité estival. Mais elle pourrait reprendre avant la fin de l'été, les principales revendications étant restées sans réponses. Ce geste de responsabilité ne constitue ni un renoncement ni un blanc-seing accordé à la direction
, prévient Stéphane Renaud, secrétaire général de l'union départementale FO de Haute-Savoie.
Le syndicat FO attend des mesures concrètes face aux souffrances au travail et à la désorganisation des services. Il revendique aussi le respect des contrats et des délais de prévenance pour les plannings, le décompte et le paiement des heures travaillées. Il dénonce par ailleurs la tentative de la direction de remplacer les contrats saisonniers par de simples CDD. Ce serait maintenant aux salariés de faire la démarche, un par un, pour demander le respect de leurs droits
, poursuit le syndicat.
Un premier conflit en mai 2025
L'UD FO demande de son côté la mise en œuvre immédiate de mesures concrètes en matière de santé, de sécurité et de risques psychosociaux
. La mobilisation vise aussi à défendre la sécurité des plus de 500 000 voyageurs transportés l'an dernier.
Pour les salariés, la situation s'est fortement dégradée depuis la reprise en régie directe du Montenvers par le département de Haute-Savoie, en novembre 2024. Jusqu'alors, l'infrastructure était gérée par le privé, en délégation de service public. Depuis 25 ans, son exploitation était assurée par la Compagnie du Mont-Blanc (CMB), une société de plus de 400 salariés qui gère notamment les remontées mécaniques dans la vallée de Chamonix. Les salariés connaissaient alors, selon le syndicat FO, un dialogue social respectueux, des NAO, un quatorzième mois, des accords de participation et d'intéressement, des œuvres sociales généreuses…
La passation s'est faite dans la douleur, malgré les engagement pris par le président du Conseil départemental de conserver l'ensemble des acquis. En mai 2025 déjà, la quasi-totalité des salariés s'étaient mis en grève contre toute régression sociale et salariale suite à cette reprise. Après avoir lutté d'arrache-pied, les représentants du personnel sont parvenus sur le fil à préserver l'essentiel de leurs anciens accords. Ils ont également dû se battre pour la mise en place d'un CSE.
Des résultats exceptionnels
Le dialogue social reste ardu. Le 8 juillet, une délégation est allée à Annecy rencontrer la direction et des élus du Conseil départemental. Résultat : des salariés mis en accusation dans une parodie de tribunal, où le mépris l'a emporté sur la moindre esquisse de dialogue
, dénonce le syndicat. La fédération exige un véritable dialogue social, loyal et respectueux
et l'arrêt de toute pression sur les représentants du personnel
.
La direction a refusé toute médiation, celle du maire de Chamonix comme celle de l'union départementale FO. Je regrette vivement le comportement du président du Conseil départemental qui n'est pas à la hauteur de son mandat et des problèmes posés
, réagit Stéphane Renaud, qui rappelle le professionnalisme des salariés du Montenvers.
Pourtant, comme le souligne la fédération FO-UNCP, les résultats du petit train sont exceptionnels, avec une fréquentation au rendez-vous, une activité en hausse et des performances économiques qui battent des records. Rien ne justifie que les salariés soient maltraités
, souligne Priscilla Marini, experte en charge des remontées mécaniques à la fédération des transports FO-UNCP.


