Des militants plus mobilisés les uns que les autres pour défendre et améliorer leurs rémunérations, retraite, statut respectif, pour lutter contre les suppressions de postes et de classes, la réforme des concours, les projets de privatisation, les conséquences de la loi 3DS, le démantèlement de l'AFPA ou encore celui de la médecine scolaire… Le 20e congrès de la FNEC FP-FO qui a rassemblé mi-décembre au Palais des expositions d'Angers 1 000 délégués, représentants de plus de 600 syndicats implantés dans l'Education nationale, l'Enseignement supérieur et la Recherche, la Culture, la Formation professionnelle, a confirmé la détermination des militants à défendre les droits des personnels de ces secteur. Un congrès débordant de revendications.
Pour l'abrogation de la réforme des retraites et l'augmentation générale des salaires, pour la défense et l'extension du Statut général de la Fonction publique et des statuts particuliers, en lutte contre la précarité des contractuels des AESH et des AED, pour la création de postes et le recrutement de personnel sous statut, contre la réforme territoriale, le Pacte et l'acte 2 de l'école inclusive, pour la défense de la Formation professionnelle initiale ou continue... Les revendications et les constantes critiques fusaient au cours du 30e congrès de la FNEC FP-FO qui se tenait à Angers du 15 au 19 décembre dernier. Le Congrès a vu la réélection de Clément Poullet au mandat de secrétaire général de la FNEC FP-FO.
Chacun s'est félicité de la sortie de détention de Cécile Kohler (déléguée syndicale du SNFOLC et chargée des relations internationales de la FNEC) et de Jacques Paris, détenus en Iran depuis mai 2022. Clément Poullet a rappelé que la résolution générale, adoptée lors du précédent congrès de la fédération, en juin 2023, qui condamnait l'économie de guerre, dénonçait ses profiteurs et affirmait la solidarité de la fédération avec les travailleurs et les populations qui subissent la guerre en Ukraine, en Russie, et ailleurs était plus que jamais d'actualité : L'internationalisme et le pacifisme sont nos principes! Ils s'inscrivent dans la pleine continuité de notre tradition syndicale, de défense du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et tout autant de défense de la paix
, confirme le rapport d'activité trisannuel.
Ces principes continuent de guider aujourd'hui les adhérents FO lorsqu'ils dénoncent la diffusion du «guide d'acculturation à la défense» dans leurs classes, la multiplication des «classes-défense et de sécurité globale» (actuellement au nombre de 1 200) ou encore des interventions de militaires dans les salles de classe pour présenter leurs métiers. Le rôle des enseignants n'est pas de préparer les élèves à partir au combat
, ont souligné de nombreux militants. Et ils sont confortés par l'observation de ce qui se déroule quand les pays entrent en guerre. La FNEC FP-FO dénonce ainsi les conditions de travail des enseignants palestiniens de Cisjordanie, privés de salaires, ou celles des professeurs ukrainiens qui voient leur statut détruit par la situation de conflit. Le gouvernement voudrait transformer tous leurs contrats en CDD et prévoit le licenciement de 70 000 enseignants
, a rappelé Clément Poullet.
Maltraités, déconsidérés, abandonnés
Un malaise qui n'épargne à peu près aucun des corps de l'enseignement et de la formation. Les personnels de direction vont très mal,. Nous subissons à la fois le discours culpabilisant de la hiérarchie, les pressions pour faire du chiffre (par exemple sur le SNU), les injonctions concernant la fouille des sacs et la sécurité en général, et même les diktats des collectivités locales qui pensent qu'elles sont nos chefs.
Lyse Rose Bizart, du SNFOLC du Pas de Calais soulignait combien les enseignants se sentent déconsidérés : Nous avons une multiplication du nombre de collègues en grande difficulté avec leur hiérarchie. La parole des élèves est érigée en vérité absolue et il suffit d'une simple phrase pour être convoqué au rectorat.
Quant à Philippe Beaufort, qui prenait la parole au nom du SPASEEN-FO, dont il est secrétaire général, il a souligné combien les personnels administratifs se sentent abandonnés : Nous sommes les grands oubliés de la politique de notre ministère. Les réformes s'enchaînent, les injonctions tombent. Mais toujours aucun recrutement, pas de remplacement en cas d'arrêt maladie ou de congé maternité. La surcharge de travail devient la norme. La brutalité et l'arbitraire consacrent les déroulements de carrière.
Du côté des médecins scolaires, Christophe Decoker, secrétaire général du Smeden FO a rapporté le découragement de ses collègues : Au niveau national, seuls 50% des postes sont occupés. Comment pourrait-on améliorer la situation sans recruter massivement des assistantes sociales, des infirmières, des médecins?
La hausse notable des adhésions
La fédération s'est félicitée de la création d'un nouveau syndicat, le 15e en son sein, réunissant les inspecteurs de l'éducation nationale, le SNCI-FO, depuis l'été 2024. Celui-ci organisait à Angers son deuxième congrès qui a reconduit David Megret à sa tête. La résolution du SNCI-FO revendique, entre autres, la rupture avec le nouveau management public dont les principes (individualisation des carrières et rémunérations, pilotage par la performance et les résultats, rationalisation budgétaire...) dénaturent le sens du service public. Le syndicat milite également pour de meilleures conditions de travail et la protection des personnels d'inspection, pour la revalorisation de la grille indiciaire, pour la défense du statut général de la fonction publique; il dénonce par ailleurs la dérive managériale de sa formation. Les personnels d'inspection sont au cœur d'un dispositif que nous dénonçons sans détour (...). Cela vise le contrôle, la normalisation, la mise en concurrence généralisée
, dénonce David Megret.
Plus de 70 intervenants représentant leurs syndicats se sont succédé à la tribune pour esquisser un état des lieux de leurs actions et revendications. La première des victoires rappelée était l'augmentation des adhésions. La FNEC FP-FO a gagné en trois ans 8% de cartes et donc d'adhérents supplémentaires. Une augmentation globale qui a été illustrée par les chiffres exposés par les militants au cours de leurs interventions. A titre d'exemples : le SPASEEN en Indre- et-Loire est passé de 55 à 75 adhérents en trois ans, la FNEC FP FO de Seine-Maritime en a gagné 200. Le SNFOIEN affiche + 102% d'adhésions, quatre syndicats académiques ont été créés ainsi que 11 sections départementales. Le SNFOLC du Tarn affiche lui + 12% d'adhérents tandis que le SNFOLC de l'Aisne a enregistré + 7% d'adhérents en trois ans, celui de la Dordogne + 54% et celui du Nord en a gagné 45. Dont 25 AESH
a précisé Guillaume Maes.
Car ces personnels se syndicalisent de plus en plus et se forment : Nous avons accueillis 22 AESH en stage
Les AESH s'impliquent aussi de plus en plus dans les instances. Elles participent au conseil syndical de la FNEC FP du Maine et Loire. Au SNFOLC des Bouches du Rhône, trois font partie du bureau. Quant au Pas-de-Calais, une commission AESH trimestrielle y a été créée. connaître ses droits
en novembre 2025 contre 3 en juin, Elles en sont ressorties déterminées décidées à convaincre leurs collègues à venir assister à une nouvelle journée syndicale en février. Nous traitons de nombreuses demandes . Notamment concernant la rétroactivité des indemnités REP + (lire cet article : Le Conseil d'État reconnaît la rétroactivité de la prime REP/REP+ pour les AESH). Nous avons aussi obtenu le rétablissement des jours de fractionnement depuis l'année dernière.
Soit des jours de congés supplémentaires pour les assistants qui ont pris plus de 4 jours de leurs congés annuels entre novembre et avril. En Meurthe-et-Moselle les AESH ont également obtenu l'application du remboursement de leurs frais de repas sans justificatif pour celles qui sont en mission loin de chez elles sur l'heure du déjeuner.
Par les mobilisations, des victoires arrachées
Et le congrès a fait état d'autres victoires. Ainsi dans l'académie de Nantes, Cathy Gadbin a mentionné une victoire du SNETAA : Le syndicat a obtenu une relance de l'enseignement adapté (en Segpa et Erea). La confusion n'y sera plus possible entre le public de l'enseignement adapté et celui de l'inclusion scolaire.
Dans la même académie, comme à Paris, des combats contre les fermetures de classes ont été gagnés. A Wallis et Futuna, plus de deux mois et demi de grève en 2023 et une lutte syndicale de 35 ans ont permis d'intégrer enfin les enseignants du territoire dans le versant État de la Fonction publique. Du côté du service de la santé scolaire, le SNFOIEN s'est félicité de l'obtention d'un complément de traitement indiciaire (CTI) de 49 points, soit une revalorisation correspondant à celle qui a été appliquée aux infirmiers de l'hôpital public à l'issue du Ségur de la santé. Enfin, les directeurs d'écoles parisiennes sont parvenus à préserver leur décharge d'enseignement.
Bien sûr, la première des revendications de la FNEC FP-FO demeure l'abrogation de la réforme des retraites de 2023. Et la Fédération a formulé une opposition ferme à de potentielles discussions autour de la retraite par points, voire par capitalisation, régulièrement évoquée dans l'actualité et mise en échec par la mobilisation syndicale massive de 2019. Elle a aussi rappelé son opposition aussi à une proposition récente de création d'une caisse de retraite autonome pour les fonctionnaires. Ce qui constituerait une attaque du statut général. Pour qu'une caisse de retraite soit à l'équilibre il n'y a pas trois alternatives : soit vous augmentez les cotisations employeur et salariés, soit vous diminuez les pensions
, a souligné devant le congrès Christian Grolier, secrétaire général de la FGF et de l'union interfédérale FO de la Fonction publique. D'où l'intérêt de défendre notre inscription au Code des pensions civiles et militaires.
En effet, le titre de pension d'un fonctionnaire d'État à la retraite est une créance sur l'État, inscrite au grand livre de la dette publique conformément au Code des pensions civiles et militaires dont il relève.
Toujours la lutte contre la PSC obligatoire
La protection sociale complémentaire demeure également au cœur des combats que la FNEC FP-FO a mené et continuera de mener. La fédération a dénoncé l'accord ministériel relatif à la protection sociale complémentaire pour la santé et la prévoyance du 8 avril 2024, qui représente un basculement vers un système assurantiel privé obligatoire. Pour le Congrès ce régime et ses options prohibitives s'attaquent au principe de la Sécurité sociale de 1945 qui veut que chacun cotise selon ses moyens et reçoive selon ses besoins.
Inquiétude supplémentaire, la part employeur de 50% ne sera finalement pas compensée par l'État pour les établissements de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Ces positions sont suivies de près par la revendication d'une augmentation générale des salaires. Les gels successifs du point d'indice ont conduit à une perte de pouvoir d'achat des fonctionnaires de 32,5%, sur la valeur de ce point, depuis les années 2000. Et l'accumulation de mesures relatives au régime indemnitaire (ISOE, ISAE, IFSE, prime d'attractivité, indemnité inflation, etc.) ne constitue pas une réelle augmentation de salaire, représente un outil d'individualisation des salaires et ne permet pas de compenser la perte de pouvoir d'achat enregistrée sur le traitement indiciaire.
La FNEC FP-FO s'engage à se battre sur ses positions. Si nous voulons mettre en place le rapport de force, il faut s'organiser. Organisons-nous, développons-nous pour être plus forts, pour peser davantage dans les débats et pour faire aboutir nos revendications
, a appuyé Frédéric Souillot, secrétaire général de la confédération devant le congrès.


