Le désengagement de l'État fragilise le financement de la formation professionnelle et de l'apprentissage

Rédigé le 24/06/2026
par Secteur de l'Emploi, Yanis Aubert

Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics présentent l'apprentissage comme la réponse privilégiée aux difficultés d'insertion professionnelle. Derrière les chiffres records du nombre d'apprentis se cache pourtant une réalité plus contrastée, marquée par des tensions budgétaires croissantes, des inégalités territoriales et un désengagement progressif de l'État.

Pour Force Ouvrière, l'alternance constitue une modalité pédagogique pertinente, qu'il convient de développer aussi bien dans le cadre de la formation initiale que de la formation continue. Cependant, FO refuse la logique du «tout apprentissage», qui tend à transformer un dispositif de formation en un simple outil de politique de l'emploi.

Cette orientation est d'autant plus préoccupante que la réforme de 2018 a profondément modifié l'équilibre du système. Alors que France compétences a accumulé pendant plusieurs années des déficits de plusieurs milliards d'euros, sa stratégie repose désormais sur un objectif prioritaire de retour à l'équilibre budgétaire, voire d'excédent. Pour atteindre cet objectif, les mesures d'économies se multiplient : réduction des aides, baisse des financements et pression accrue sur les opérateurs du système.

Pourtant, l'État, qui a lui-même porté cette réforme et siège au sein de France compétences, réduit progressivement son soutien financier. Ce désengagement fragilise durablement le financement de la formation professionnelle et de l'apprentissage, au risque de remettre en cause les ambitions affichées lors de la réforme.

Les conséquences sont déjà visibles sur le terrain. FO alerte notamment sur la situation de nombreux CFA dits «territoriaux». Historiquement soutenus par les Régions, ces centres de formation se retrouvent aujourd'hui dans une situation critique du fait de la diminution des financements régionaux. En effet, les deux enveloppes régionales financées par l'État et attribuées aux régions au titre du financement des dépenses de fonctionnement et des dépenses d'investissement des CFA sont finalement divisées par quatre en 2026. Elles s'établiront ainsi à 33 M€ (11 M€ pour le fonctionnement et 22 M€ pour les investissements), au lieu des 134 M€ prévus. Or ces CFA assurent souvent des formations indispensables à l'économie locale, notamment dans les métiers industriels, artisanaux ou agricoles. Ces formations nécessitent des plateaux techniques coûteux et sont parfois jugées insuffisamment rentables par certains organismes de formation privés. Leur disparition risquerait de priver de nombreux jeunes, notamment en milieu rural, d'un accès de proximité à l'apprentissage et à la qualification.

Parallèlement, les choix gouvernementaux tendent à faire de l'apprentissage l'unique dispositif d'alternance. La suppression, en 2024, de l'aide à l'embauche en contrat de professionnalisation pour les jeunes de moins de 30 ans en constitue une illustration. Les effets ont été immédiats : à fin novembre 2024, seuls 84 800 nouveaux contrats de professionnalisation avaient été conclus, contre 115 700 un an auparavant.

Cette politique interroge également sur les publics réellement bénéficiaires du développement de l'apprentissage. FO a toujours soutenu en priorité l'apprentissage pour les jeunes préparant des qualifications de niveau infra-bac à bac +2.

Ces évolutions interrogent sur l'utilisation des financements publics et sur la capacité du système à répondre aux besoins des jeunes les moins qualifiés, qui demeurent les plus exposés aux difficultés d'insertion professionnelle.

Pour Force Ouvrière, l'attractivité de l'apprentissage ne peut reposer uniquement sur des aides financières versées aux entreprises. Elle suppose avant tout des conditions de formation et de travail de qualité, un accompagnement adapté des jeunes et un véritable investissement dans la pédagogie. Cela passe notamment par la reconnaissance du rôle du maître d'apprentissage, dont FO revendique la professionnalisation, à travers une formation obligatoire et une valorisation effective de cette fonction.

Les aides exceptionnelles versées aux entreprises ont également contribué à brouiller la finalité première de l'apprentissage. Si elles ont favorisé la hausse du nombre de contrats, elles ont aussi créé d'importants effets d'aubaine. Dans certains cas, ces aides ont permis aux employeurs de disposer d'une main-d'œuvre fortement subventionnée à moindre coût, sans nécessairement répondre à un besoin de formation ou d'insertion durable. FO refuse que l'apprentissage devienne un outil de réduction du coût du travail ou un substitut à l'embauche de salariés dans des emplois pérennes.

Enfin, FO rappelle que l'apprentissage relève prioritairement de la formation initiale et, à ce titre, de la responsabilité de l'État. Celui-ci doit demeurer le garant de la qualité des formations, de l'égalité d'accès sur l'ensemble du territoire et du financement pérenne du système. Les impératifs budgétaires ne peuvent constituer l'unique critère de pilotage d'une politique qui engage l'avenir des jeunes, des salariés et de notre système de qualification.