Le PSE prévu au sein du groupe de restauration collective Sodexo fait suite à des choix tactiques questionnables et laisse un sentiment d'injustice aux salariés, qui envisagent une mobilisation. Certaines orientations stratégiques sont pointées du doigt, de même que la décision de faire peser les difficultés uniquement sur les travailleurs sans toucher aux bénéfices des actionnaires.
Un gâchis social
: après l'annonce d'un PSE massif au sein du groupe français de restauration collective Sodexo, Éric Villecroze ne cache pas son amertume. Le délégué syndical central et coordinateur FO est encore sous le choc de la décision de sa direction de supprimer près de 1 100 emplois en France, dont environ la moitié en Île-de-France. On nous a convoqués au printemps pour nous dire que 77 postes de la comptabilité et des ressources humaines allaient partir à Porto
, retrace le militant. Au fil des mois, la direction tarde à préciser son projet et les demandes des élus du personnel ne reçoivent aucune réponse claire. Puis, fin août, le couperet tombe, beaucoup plus tranchant que prévu.
Le PSE doit être précédé d'une phase de départs volontaires – option que les salariés les plus âgés, avec des décennies d'ancienneté chez Sodexo, seront probablement peu enclins à prendre dans le contexte économique actuel. L'entreprise et son nouveau directeur général, arrivé au mois de novembre, font valoir la nécessité d'accroître la compétitivité. Certains pays peuvent être plus en difficulté, comme dans n'importe quel groupe, mais même si le groupe n'atteint pas les objectifs qu'il s'était fixés, il fera des bénéfices à la fin de son exercice
, pointe Éric Villecroze.
Ce sont les salariés qui produisent les richesses!
En effet, Sodexo, qui compte 25 000 salariés en France et plus de 400 000 dans le monde, est loin d'être une entreprise en faillite. Sa marge d'exploitation était de 4,7% lors de l'exercice clos en août 2025. Pour la période 2026-2030, le groupe prévoit de reverser la moitié de ses bénéfices à ses actionnaires sous forme de dividendes. Une contradiction massive que l'on questionne trop peu. On aimerait que l'addition ne soit pas payée que par les salariés, Est-ce que l'actionnaire va dire : Ce sont les salariés qui produisent les richesses! Être licencié par un PSE pour motif de rentabilité après une carrière exemplaire, il n'y a rien de plus injuste.
La hausse du coût des matières premières n'explique pas l'ensemble du décrochage des résultats, sans quoi les concurrents principaux Elior et Compass seraient eux aussi aux prises avec des plans sociaux. FO, organisation majoritaire chez Sodexo depuis plus de 40 ans, pointe du doigt des choix industriels peu pertinents faits par les précédentes équipes de direction. Il y a des marchés où nous ne sommes pas allées, des offres pas adaptées au marché qui ont été faites malgré nos signalements, des investissements qui aujourd'hui ne portent pas leurs fruits
, explique le délégué FO.
Explorer les alternatives
Sous le choc de l'annonce, les représentants du personnel étudient les dossiers pour déterminer la marche à suivre et les éventuelles actions à mener. FO se bat sur un double front : réclamer le retrait du PSE, et négocier les meilleures mesures d'accompagnement social possibles si celui-ci est maintenu. Plusieurs cuisines centrales sont appelées à fermer, et FO compte également suivre l'avancée des recherches de repreneurs. On ne laissera aucun salarié seul, ils peuvent compter sur notre ténacité, affirme Éric Villecroze. On est présents, déterminés, combatifs.
Au-delà de ces négociations potentielles, le syndicat souhaite aussi en savoir plus sur la situation du groupe en France. On veut savoir si toutes les possibilités ont été explorées. Y a-t-il un plan industriel, un regain d'activité prévu?
En juillet, Sodexo a dévoilé un plan stratégique baptisé «Shift and Grow 2030», visant à accélérer sa croissance selon plusieurs grandes lignes : investir dans l'innovation numérique, acquérir de nouveaux marchés et simplifier ses modes de fonctionnement.
C'est une bonne chose de vouloir développer et se tourner vers le client, ça pérennise l'emploi, accorde Éric Villecroze. Mais chaque dirigeant veut marquer l'entreprise de son passage. Ce sont des mots, on attend les faits.
Le délégué syndical y voit une raison de plus de suspendre le PSE et de se donner le temps d'explorer toutes les options. Les talents dont on se sépare aujourd'hui, vont-ils nous faire défaut demain?
Après le PSE de 2020, de nombreuses embauches compensatoires avaient dû être effectuées dans les années suivantes.


